La presse contre-attaque

Selon le journaliste français Philipe Meyer, le premier trimestre de 2043 représenterait la dernière édition papier et le dernier lecteur de la presse écrite dans le monde. Cet avis est discutable, cependant le déclin de la presse ne l’est pas, et commence a sérieusement inquiéter les journalistes.

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Extraits d'une rencontre  avec la journaliste Colette Lanier du journal Le Dauphiné Libéré

"Vous qui êtes dans le métier depuis 20 ans, vos conditions de travail ont-elles changé ?
Avec la crise de la presse, une part importante de mes collègues sont partis pour cause de licenciement. A vrai dire, l'ambiance n'est pas à l'embauche.
Les effectifs étant réduits, les charges de travail sont plus importantes. Notre dose de travail est d'autant plus conséquente que les journalistes ne peuvent plus se contenter d'écrire seulement pour le support papier. Nous devons également travailler pour le support numérique, faire des vidéos.... ce qui demande plus de temps, alors que le salaire reste identique.

Comment le Dauphiné Libéré réussit-il à survivre ?
Le Dauphiné libéré s'est rassemblé avec d'autres journaux en intégrant le groupe France Est Média, pour rassembler des moyens financiers plus importants."
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Face à la concurrence et à la baisse de leur budget, les maisons de presse prennent alors des mesures pour survivre, et garder leur place dans le marché de l’information.

Sur le site du Knight Digital Media Center (KDMC), Paul Grabowics énumère certaines résolutions que les  maisons de presse peuvent prendre pour réduire leur coût de production et augmenter leurs bénéfices. Les salaires sont renégociés, les congés payés réduits. Les éditions sont elles reduce-cost-thumbnail-1.pngaussi modifiées : réduction de la taille du papier, réduction du nombre de pages dans chaque numéro. Par exemple en France, pendant les périodes estivales certains quotidiens comme Le Monde ou Libération descendent à 24 pages l’été contre 40 normalement. Certaines maisons de presse décident de partager leurs contenus et première page avec d’autres titres. Elles recherchent tous les moyens pour limiter le déclin auquel elles font faces, et les solutions sont multiples.

  491199-une-personne-passe-pres-des-presentoirs-vides-des-journaux-quotidiens-d-un-kiosque-a-journaux-le-21-avril-2010-a-paris-1.jpgAux Etats Unis, il arrive que des agences de presse fassent le choix d’arrêter provisoirement de livrer leurs journaux vers les zones périphériques, ou seulement pour certains jours où leur lectorat sera au plus bas. Chaque journal développe petit à petit son édition en ligne, et essaye d’adapter ses différentes éditions suivant les lecteurs visés. L’internet est devenu maitre dans le domaine de l’information des dernières nouvelles, c’est pourquoi les éditions papiers se tournent alors plus vers des nouveaux types de couvertures favorisant des reportages plus longs, sur des activités plus « tranquilles », moins d’actualités. Car lire les actualités dans les journaux, c’est déjà lire des nouvelles « périmés » pour les jeunes. L’internet est un moyen bien plus rapide pour s’informer des nouvelles en directe.

C'est pourquoi, la presse s'oriente progressivement sur le Net. En France, par exemple, 8 quotidiens et hebdomadaires nationaux ont lancé en partenariat avec Orange le nouveau site Internet : presse.lemoteur.fr. Cette plateforme d’actualité donne accès aux articles des dits supports sur tous les sujets souhaités.

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Sur KDMC, Paul Grabowics a effectué une comparaison de la une de l’édition papier et en ligne du même jour (23 Décembre 2008) du journal The Arizona Republic. Voici les deux premières pages :

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Ces deux éditions diffèrent effectivement quant au type d’articles proposés.

Au contraire de l’édition papier, le site est mis à jour plusieurs fois dans la journée et propose donc des rubriques avec les nouvelles les plus récentes. Les articles sont plus courts, et le site propose des services comme des calendriers d’événements consultables, des guides de restauration ou les programmes télés.

Les éditions en ligne permettent aux agences de presse de réduire leur coût de production de plus de moitié. Cependant un site gratuit  n’est pas assez rentable dans la plupart des cas, même s’il attire d’avantage d’annonceurs publicitaires.

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Ces agences s’essayent alors à des éditions en ligne payante mais à moindre coût, et pour garder leurs lecteurs les plus âgés qui sont habitués à lire sur support papier, certaines proposent aussi une version en ligne similaire à la version imprimée que l’on peut télécharger depuis le site du journal. Mais ces éditions numériques ne percent pas vraiment, et leur lectorat reste encore très restreint et bas pour la plupart.appliparisien-smartphones-1.png

Ce qui par contre a un succès plus important auprès de la population, ce sont les applications Smartphones que les journaux développent toujours plus. Celles-ci sont payantes, mais assez peu pour que les gens les achètent, et ils suivent ainsi les actualités en direct sur leurs téléphones portables. 

Quelques journaux comme le New York times, ont réussis à se trouver une place, un équilibre sur le Net. En effet, ce journal compte autant d'abonné sur internet, que d'abonnés aux éditions papier. Cependant, rare sont les journaux qui arrivent à percer vraiment sur Internet ; aucun journal français ne se trouve d’ailleurs dans cette situation.

Pour réduire leurs dettes et les risques de dépôts de bilan, certaines agences de presse effectuent une recapitalisation. En France, Le Monde avait effectué 52 millions de perte en 2004. Ce lourd constat avait alors donné suite à une recapitalisation de l’entreprise, qui a, selon le directeur du Monde Jean-Marie Colombani, été d’une aide importante pour la réduction de leurs dettes.

Face aux réelles difficultés budgétaires qu’ils doivent affronter, certains journaux suspendent leurs éditions papier pour de courtes durées afin d’effectuer des économies d’impression et de diffusion, étant donné que les coûts de fabrication, de papier, d'impression et de diffusion peuvent représenter jusqu'à 60 % du prix de vente d'un quotidien.

En France, les journaux gratuits suspendent complètement leur diffusion pendant plusieurs semaines l’été. Certains autres titres payant qui rencontrent plus de difficultés budgétaires eux aussi suspendent leur diffusion pour plusieurs semaines. Toujours en France, le quotidien La Tribune avait arrêté son édition papier du 8 au 22 Aout 2011, laissant cependant l’accès a ses abonnés à des éditions numériques gratuites en format PDF. Dans le cas de ce quotidien, l’arrêt de diffusion n’est pas synonyme de revitalisation, puisque le journal La tribune a été presque forcé à cet arrêt tellement les difficultés financières étaient grandes.

Le quotidien a repris sa diffusion deux semaines après son arrêt, mais les difficultés ont persisté, malgré les efforts du journal. En effet, il s’est vu obligé de suspendre son impression une seconde fois l’hiver suivant.

Selon Valérie Decamp, directrice générale de La Tribune, ces arrêts représentent effectivement un premier pas vers le tout numérique. Ce qui est d’ailleurs arrivé, puisque le quotidien a publié son dernier numéro début 2012, faute d’investisseurs publicitaires.

la-tribune-arrete-le-papier-et-se-tourne-vers-le-numerique-article-main-large-1.jpgDans certains cas, il faut aussi savoir qu’en dernier ressort l’Etat est intervenu pour aider les maisons de presse. Dans certains pays, initialement occidentaux, les agences de presse ont reçu des subventions de l’Etat et des régions.

Les agences de presse prennent donc de nombreuses mesures afin de résister au déclin qui leur fait face. Mais ces efforts ne paraissent pas toujours suffisant ni assez lourd face a la crise que la presse écrite affronte de nos jours. Son avenir reste alors incertain et nous nous demandons alors si seulement par leur efforts, la presse pourra-t-elle survivre ? Et s’il est possible de trouver un équilibre entre l’information numérique et papier ?

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