Un équilibre possible ?

Alors que l’on se pose la question d’un équilibre possible entre la presse écrite et les autres médias numériques en particulier, certaines personnes sont d’avis que la presse écrite est loin d’être morte. Sébastien Danet par exemple, président de Vivaki a dit : « La presse écrite est belle et vivante, arrêtons de dire qu'elle est en crise ! ». En effet, une étude (l’étude One) mesurant l’audience de tous les titres de presse (quotidiens et magazines), a démontré que 69% des Français lisent au moins un titre par jour.

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Il est vrai que les journaux ont été condamnés pour de multiples raisons, telles que la publicité préférant les médias audio-visuels, ou bien l’ascension des nouveaux médias (Internet) ou encore l’apparition des gratuits, mais cela ne veut pas dire pour autant que la presse écrite va disparaître. Si elle a survécu à la télévision et la radio, elle survivra aussi à Internet. Sinon, comment expliquerions-nous qu’en Grande-Bretagne, un pays où le satellite, le câble, la télévision, l’essor d’internet se soient développés avant la France, les quotidiens se portent plutôt bien ?

50-ans-1.jpgNous avons pu voir précédemment que Philippe Meyer estimait d’ici 2043 la disparition pure et simple des journaux. Cependant, Paul Daenen pense tout à fait le contraire. Ce dernier, rédacteur en Chef de Het Laatste Nieuws (le plus gros tirage des quotidiens belges) prévoit une survie des journaux, même dans cinquante ans. Selon lui, internet ne tuera pas la presse écrite.

 

Charles-Henry Sadien, journaliste de l’Agitateur, affirme qu’« un nouveau média n’en supprime pas un autre, plus ancien. Il le complète et permet son enrichissement. L’immense majorité des titres en ligne, provient en effet d’une adaptation web de grands médias existants dans la presse écrite traditionnelle. »

Tout comme lui, nombre de personnes sont d’avis que la presse écrite ne disparaitra pas. Pour eux, internet n’est pas forcément un concurrent de la presse écrite, mais ces deux moyens d’informations sont complémentaires. En effet internet peut représenté, au-delà d’un concurrent, une source d’information rapide et immense pour les journalistes. Sous ce point de vue, internet ne paraitrait pas coupable du déclin de la presse. En 1980, les quotidiens nationaux avaient déjà perdu 35% de leur tirage par rapport à 1945, et pourtant le Minitel n’était pas encore installé dans les foyers. Le web ne serait alors pas directement responsable de son déclin. De plus, il est vrai que la totalité de la population n’est pas connectée au web.

lacroix-3-2.jpgNous pouvons constater ici que le journal La Croix fait de la pub pour son site internet et son édition papier. Cette publicité nous permet d'affirmer que les différents supports de médias sont utilisés par des journaux, amenant à une stabilité satisfaisante pour chacun, qu'il soit editeur de presse ou lecteur.

Nous avons trouvé une interview de Bernard Poulet dans laquelle il donne son avis quand à internet et la menace que cela représente pour la presse écrite, ainsi que l’avenir qu’il envisage. Ce journaliste français est questionné par Héloïse Lhérété, la rédactrice en chef web chez Sciences Humaines :

« La presse écrite connaît une grave crise structurelle. Son salut passe-t-il par Internet ?9782070441402-4-75-1.jpg

Internet est à la fois la meilleure et la pire des choses pour la presse. Il permet une multiplication infinie de l’offre d’information. Les journalistes ont un accès beaucoup plus rapide à leur documentation. Ils peuvent travailler plus vite et à moindre coût. Le problème est qu’ils vont de moins en moins sur le terrain. […] C’est particulièrement le cas des OS de l’information, ces jeunes journalistes qui ne travaillent que pour le Web.  […] La maîtrise des instruments techniques est privilégiée, au détriment des qualités d’enquête, d’analyse et d’écriture. Or, ce type de journalisme s’avère peu rentable. Les maigres recettes publicitaires qu’il attire ne permettent pas de compenser les déficits préoccupants des journaux papier. 

A travers blogs, réseaux sociaux et sites communautaires, beaucoup d’amateurs font désormais l’information. Assiste-t-on aux derniers jours du journaliste professionnel ?

Nous aurons toujours besoin de journalistes professionnels pour hiérarchiser, faire comprendre et valider l’information. [...] Je crois en l’avenir d’une information à haute valeur ajoutée. […] Des journaux comme Courrier international ou la revue XXI permettent aux lecteurs d’avoir accès à des enquêtes, des mises en perspective ou des analyses que l’on ne trouve pas ailleurs. Les lecteurs poussent ainsi les journalistes vers une information de qualité, enrichie par des analyses.»

Malgré une diffusion des journaux légèrement en baisse, la progression des audiences numériques a permis une compensation. À l’aide d’une étude réalisée par l’Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d’information (WAN-IFRA), sur 69 pays, nous pouvons constater que d’un pays à l’autre, les habitudes sont complètement différentes en terme de consommation des médias. Certaines tendances dans la presse se sont ainsi manifestées :

wanifra-logo-rgb-2.jpgLe nombre de titres se maintient dans l’ensemble, même si la diffusion des supports papiers augmente en Asie et se dégrade un peu dans les pays occidentaux.

  • Christoph Riess assure que « La mode des gratuits est passée ». En effet, comment expliquer que la plupart des sondages démontrent que les gratuits n’ont pas « volé » l’audience des quotidiens payants ? Avant même l’apparition de cette nouvelle forme d’information, plus de la moitié des lecteurs de la presse écrite ne lisait aucune presse quotidienne.
  • Il est vrai que les annonceurs se dirigent beaucoup vers le net, mais les journaux sont des supports publicitaires plus rentables que les autres médias par rapport temps consacré par le lectorat. Nous pouvons remarquer aussi que les revenus de la publicité numérique ne compensent pas la perte de ceux sur support papier.
  • Les journaux touchent environ 20% de personnes de plus qu’Internet au niveau mondial.
  • Le Pew Research Center nous apprend qu’un quotidien qui déciderait de passer au tout-internet réduirait ses dépenses de 65%, mais perdrait en échange 90% de ses recettes ! Nous pouvons prendre comme exemple France Soir : après avoir arrêté sa version papier, le quotidien a essayé de passer sur le web mais malheureusement cela n’a pas marché, faute de recettes publicitaires insuffisantes. En effet, les activités des médias numériques consistent en une constante mise à jour, une veille, un filtrage et un reformatage d’infos. De plus, ces nouvelles formes d’information s’éloignent de la presse écrite traditionnelle.366112-un-employe-de-france-soir-distribue-des-tracts-pour-la-survie-du-titre-a-paris-en-decembre-2011-1.jpg

Ces tendances sont celles observées en 2011. Alors même s’il est démontré ici que le déclin de la presse écrite semble se ralentir, le Net continue à gagner en importance et la presse à en perdre. 

On peut alors se poser certaines questions. A quoi ce déclin mènera-t-il ? Une disparition totale de la presse écrite ? Ou est-ce seulement une crise passagère? Nous nous demandions s’il pouvait exister un équilibre entre les différents médias.

lapresse-plantu-illustration.jpegCertaines éditons papiers paraissent déjà avoir trouvé un équilibre entre internet et leur version écrite. Pour quelques journaux cela marche très bien, comme The Guardian ou Ouest-France. Mais pour d’autres cela ne fonctionne pas. Certains journaux tentent de faire payer leur version en ligne, ce qui leur permettrait de gagner ce qu’ils ont perdu. Mais cette nouvelle technique n’a pas encore trouvé de réels résultats, de réelles solutions.

canard-530x431-2.jpgLe Canard enchaîné est l'un des rares journaux français qui ignore le web, l’hebdomadaire a bien un site internet lancé il y a quelques années, mais il n’y a rien dessus, mis à part leurs explications sur leur choix de ne pas suivre le mouvement du web. Le Wall Street Journal a lui-même exprimé le fait qu’il ne comprenait pas comment ce journal pouvait survivre sans Internet. Le Canard Enchainé se porte toutefois bien, sa diffusion étant dans le vert.

 

Aux Etats-Unis, la tendance sur le Net connaît maintenant un léger ralentissement, ce qui paraît tout à fanrcnext-0-1.jpgit normal après le bond qui a précédé. Au contraire, la crise que connaît la presse écrite depuis plusieurs années et particulièrement la chute de 2009, paraît se calmer, s’apaiser.  On pourrait ainsi croire à un équilibre qui commencerait à s’installer entre ces deux formes de média. Nous pouvons prendre comme exemple NRC Next, un quotidien payant lancé récemment sur le marché ciblant les moins de 35 ans. Et il semblerait qu’ils aient trouvé leur public, leur objectif était de 40 000 lecteurs et ils ont réussi à en atteindre 70 000. Les jeunes ne « boudent » pas forcément la presse, elle doit juste faire preuve d’inventivité. L’enjeu de taille auquel la presse écrite doit faire face est finalement de s’adapter au public du 21ème siècle ; cibler son lectorat et faire preuve d’originalité.
La presse doit se réinventer.

Mais ces procédures et ces nouveaux principes prendront sûrement du temps.
Alors quel avenir pour la presse ?

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L'avenir reste incertain, mais certaines formes de presse paraissent en avoir un. A titre d’exemple, un magazine d’œnologie trouvera sûrement toujours des annonceurs publicitaires. Car une cave à vin a bien plus intérêt à faire sa publicité dans un magazine comme celui-ci qu’autre part, car il sera sûr de toucher des clients potentiels ; les lecteurs de ce genre de magazines étant pour la plupart des amateurs et consommateurs de vins.  

Il semblerait alors que la presse n’ait pas une fin sûre et déterminée. La presse pourrait continuer de décliner, jusqu'à un point bas où elle stagnerait pour même reprendre un peu d’importance.

Avec les tendances observées récemment, on n’ose plus dire que la presse va mourir. Personne ne peut le certifier, ni certifier le contraire.

Nous soutenons tout de même qu’un équilibre est possible entre les différents modes d’informations, et nous ne pensons pas qu’un média, ayant été si fort plusieurs années, puisse disparaître si rapidement.

Commentaires (1)

1. byrop 09/12/2015

Bjr
Article au top de sa forme, la qualité de cette prestation m'a coupé l'herbe sous le pied. Le ministère de l'éducation devrait en prendre de la graine. Pour finir je pense que ce sujet nous aura tous subjugué tel une bonne musique de notre cher CloClo #lundiausoleil.
Mes salutations les plus sincères, origine de mon cœur.

Jean-Marie Byrop Professeur agrée de S.V.T.

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